Une psychanalyse est-elle toujours longue ?

On me pose assez régulièrement  la question.

Sachant que dans ce cas, mon interlocuteur est souvent disposé à ironiser et à laisser entendre que des cures interminables arrangent avant tout bien les psychanalystes qui peuvent ainsi « fidéliser » (ce qui veut en fait dire « rendre dépendant ») leurs patients et ainsi se garantir des revenus confortables (évidemment) pendant longtemps.

J’imagine qu’il doit exister parmi les psychanalystes quelques escrocs et quelques praticiens douteux. Mais je peux toutefois vous assurer que dans mon entourage professionnel, je vois bien plutôt une large majorité de psychanalystes qui sont d’une rigueur exemplaire et qui avant d’exercer, ont fait un parcours très souvent beaucoup plus long que celui requis pour devenir un médecin spécialiste.

Enfin, je peux affirmer que mes collègues portent un intérêt à leur patient que j’aimerai précisément trouver plus souvent au sein du corps médical.

Mais revenons à notre propos.

Pourquoi une analyse est-elle si longue ?

Il faut d’abord répondre que ce n’est pas toujours le cas.

Une analyse avance en effet à la vitesse du patient et parfois les choses peuvent être rapides.

Notons toutefois qu’il est difficile d’imaginer que nous puissions changer en quelques séances ce que nous avons mis toute une vie depuis notre enfance à mettre en place.

Qu’il faille prendre un peu de temps relève donc plutôt de la logique.

 

Mais allons plus loin, et parlons un petit peu de Freud.

Dans les années 1920, la psychanalyse a désormais une très grande notoriété et les patients se bousculent du monde entier d’en l’espoir d’être pris en analyse par « le professeur ».

Pourtant loin de céder à la facilité, Freud continue inlassablement à interpeller sa pratique et à remettre en question les fondements de sa propre construction théorique.

 

Il se rend compte en effet que certains patients ne tirent pas profit de leur cure et que la technique psychanalytique semble atteindre ses limites.

Freud va alors introduire le concept fondamental de compulsion de répétition.

Il découvre en effet que ne cherchant paradoxalement pas toujours ce qui nous procure du plaisir, nous sommes capable de répéter inlassablement une mécanique infernale qui nous fera reconduire les mêmes schémas et les mêmes échecs.

Comme si nous ne voulions pas renoncer à notre fonctionnement initial et que rien ne pouvait nous servir de leçon.

En somme, nous ne voulons pas changer.

Il est donc facile de comprendre pourquoi la tâche du psychanalyste peut être délicate (au sens de la difficulté mais aussi de la délicatesse requise pour l’exercice) et combien il lui faudra de temps avec son patient, pour déconstruire ce mécanisme infernal.

Ce temps requis qui pourra sembler trop long.

Mais qui est pourtant nécessaire.