Qu'est-ce que le transfert ?

Qu’est-ce que les psychanalystes appellent le transfert ?

Et pourquoi a t-il une telle importance ?

Pour comprendre ce phénomène, ayons à l’esprit que lorsque un patient se confie à un analyste, les choses se jouent à deux niveaux.

Il y a ce que le patient raconte mais aussi comment il le raconte et à quelle place il met sans même s’en rendre compte l’analyste à qui il croit destiner son récit.

Nous pouvons ainsi distinguer le niveau conscient (ce que dit le patient avec des mots raisonnés) et celui de la relation du patient à son analyste et ce qu’il joue à son insu d’une façon inconsciente.

 

Mais que joue le patient ? Son impasse ! Impasse qu’il répète inlassablement en boucle (les spécialistes parlent de compulsion de répétition).

Mais alors que d’ordinaire il ne parvient pas à en sortir, en faisant une psychanalyse, il se donne la possibilité de sortir du piège qu’il se tend à lui-même en choisissant un partenaire (l’analyste) informé de la nature du jeu auquel il est en train de jouer.

 

La question est alors de savoir pourquoi il est venu voir un psychanalyste.

Parce qu’il a supposé que ce dernier était un expert qui possédait un savoir complexe qui pourrait lui faire comprendre et dépasser ses symptômes et sa souffrance.

En somme le guérir.

C’est le point clef du transfert.

Pourtant lorsque une analyse commence, ce savoir n’existe pas encore. 

Et ce n’est certainement pas l’analyste qui le possède.

La pratique même de la psychanalyse, suppose en effet que le thérapeute s’oblige au début à mettre en suspens toutes ses connaissances théoriques et expérimentales (nous dirions cliniques) afin d’être le plus neutre possible et de ne projeter aucune représentations toutes faites sur son patient.

Il risquerait sinon de passer à côté de ce qu’est très spécifiquement l’analysé en le mettant « dans des boites » et de se tromper dans ses interprétations.

Freud lui-même, qui au début du 20° siècle avait déjà bâti une œuvre conséquente et était un théoricien de génie, eu longtemps la fâcheuse tendance à vouloir transmettre son savoir, à donner beaucoup d’explications et il délivra nombre d’interprétations hasardeuses ou fausses.

Jusqu’au jour où l’une de ses patientes le remit sèchement à sa place et lui demanda simplement de l’écouter.

L’inventeur de la psychanalyse comprit alors que le savoir recherché, ce n’est pas l’analyste qui le détient, mais le patient lui-même.

 

Le transfert est donc ainsi une sorte de fiction, puisque le patient vient chercher un savoir qu’il ne sait pas détenir.

Mais l’extraordinaire, c’est que ce qui surgira de ce dispositif qui pourrait sembler trompeur, c’est de la vérité et un moyen de guérison.